Je suis tout ce que je rencontre

Corinne Desarzens

Surtout ne bouge pas! Elle est là, puis plus là. Vous en avez peur. L'écraser? L'arroser d'insecticide? Vous admirez sa toile. Fascination, pure fascination. L'araignée boit ses victimes. Prend son temps. S'apprivoise grâce à quelques gouttes de coca-cola dans une capsule. Trente-huit mille espèces partagent avec nous la planète.
À la suite d'une petite annonce, les histoires tombent dans le piège d'une boîte aux lettres. L'araignée n'est pas seulement une bête à huit pattes, mais un frôlement, des rituels, une partition de Bach, le plan de la ville de Porto, un prétexte à rencontres. Main coupée, elle court dans un récit japonais. Son nom s'écrit à l'arrière d'une étrange camionnette blanche. Dès qu'elle disparaît se bousculent les questions. Jeter ou garder? Eliminer? Renoncer ou consentir? Aujourd'hui est le jour où vous décidez de voir autrement.
Conçu en miroir, Je suis tout ce que je rencontre est le jumeau d'un huitième recueil, Je voudrais être l'herbe de cette prairie. Lauréate de plusieurs prix littéraires mais toujours cendrillon, née à Sète en 1952, Corinne Desarzens travaille actuellement à un roman au XVIIIe siècle, en Irlande.

Les coups de cœur de Corinne Desarzens

di Bernadette Richard

Pubblicato il 29/11/2002

Sur les deux titres publiés en parallèle par Corinne Desarzens aux Éditions de L'Aire en 2002: Je voudrais être l'herbe de cette prairie et Je suis tout ce que je rencontre.

Elle qui se dit attirée par le concret construit depuis 1989 une œuvre originale et poétique, quand ça n’est pas surréaliste. Entrer dans l’écriture de Corinne Desarzens, c’est plonger dans un anticonformisme verbal qui imprègne chacune de ses pages. Le ton est toujours nouveau, surprenant, souvent humoristique, et si le récit l’exige, tel «Il faut se méfier des paysages», alors elle se métamorphose en récitante austère. Quant au fond… Desarzens c’est avant tout l’apparent papotage, l’élégance des phrases, le tourbillon de mots et d’idées, le tout mis au service de récits alambiqués, qui permettent au lecteur curieux de se perdre en y retrouvant sinon son latin, du moins un enivrement littéraire. Âmes simple et esprits cartésiens s’abstenir.
Pour cette fin d’année, l’écrivaine vaudoise — elle vit en France — publie deux livres d’un coup. En miroir, ou en complément, l’un servant de biotope à l’autre: le premier Je suis tout ce que je rencontre, dont le manuscrit était intitulé «Les Araignées», est en effet consacré à cette grande famille d’arachnides qui provoque si souvent chez l’homo sapiens cris de terreur et méchants coups de balais. Le second Je voudrais être l’herbe de cette prairie parle de l’herbe, tout simplement.
… enfin… rien n’est simple avec Corinne Desarzens. S’étant prise de passion pour l’araignée mal-aimée, une bébête fascinante, comme le révèle son récit, elle a passé une annonce dans le journal français Lire, demandant qu’on lui raconte des histoires d’araignées. Son livre témoigne des dizaines de lettres reçues, mais façon Desarzens, naturellement. Entre anecdotes, observations, petit cours zoologique pour débutants et rêveries, elle parvient à titiller la curiosité des plus farouches ennemis de la petite bestiole.
Le second ouvrage est une manière tout à fait personnelle de traiter d’un sujet banal. Ses herbes à elle sont à la fois hommage à la littérature, à l’urbanisme — l’herbe dans 19 villes (pourquoi pas 20 ou 21?) L’herbe? C’est parfois de la boue, et l’on apprend que le Suisse est un troglodyte… C’est ça, la méthode Desarzens: désarçonnant. Tellement inscrit dans l’imaginaire, tellement rocambolesque, que les deux livres entamés ne se laissent plus refermer avant la ligne ultime. Un conseil: lisez lentement!

Rassegna stampa (selezione)

Sur les deux titres publiés en parallèle par Corinne Desarzens aux Éditions de L'Aire en 2002: Je voudrais être l'herbe de cette prairie et Je suis tout ce que je rencontre.

[...] Corinne Desarzens gagne à chacun de ses livres en liberté créatrice et en maîtrise de celle-ci ce qu'elle ne gagne pas en notoriété, ce qui est bien dommage. [...] (Isabelle Falconnier, L'Hebdo, 07.11.2002)

L'herbe et les araignées à la portée de tous
[...] On connaît son esthétique du fouillis, la profusion baroque de son écriture, son sens du détail concret et souvent cocasse, qui se retrouvent pleinement dans ses deux nouveaux livres. [...]
L'araignée, c'est une autre histoire, plus radicale, de pure fascination ou de violent rejet [...] un livre touffu [...] sur cette bestiole à huit pattes experte en métamorphoses: la voici en plan de la ville de Porto, la voilà en partition de Bach, celle de l'Invention No 9, page de haute viruosité avec «sa formation en quinconce de bémols porteurs de glu» et «ses bécarres qui accordent des laissez-passer à l'ennemi, là où l'on ne s'attendait pas à la voir surgir». [...] (Isabelle Martin, Le Temps, 16.11.2002)

Un fil d'Ariane tordu en diable
[...] Le livre est un roman, un documentaire, un compte rendu, bref, de longues pages délicieusement emberlificotées comme seule Desarzens sait les concocter... Eh oui, elle a encore raté le récit simple qu'elle pensait enfin avoir pondu: «Je suis attirée par le concret», précise cette virtuose du texte tordu en diable, «pour décoller, il faut partir d'un tremplin» [...]. (Bernadette Richard, Femina, 17.11.2002)

Chez Manor, coupe réglementaire
[...] De mémoire d'éditeur, jamais un livre n'a été qualifié d'«impropre à la consommation» sous prétexte que ses pages ne seraient pas coupées... C'est pourtant ce qu'on a dit au directeur des Éditions de l'Aire, à Vevey, pour justifier le retour d'ouvrages commandés par Manor à Genève. Deux livres de Corinne Desarzens on fait les frais de cette mesure [...] Manor boude ainsi un grand talent littéraire, une voix originale et intense, une écriture ciselé qu'on aime sans effort. Sinon celui de couper les pages. (Michel Audétat, Dimanche.ch, 17.11.2002)