Palladium

Perikles Monioudis

L'existence de Martin Hilbert, jeune avocat marié et père de famille, aurait pu suivre tranquillement son cours sans cette rencontre fortuite, sans ce regard échangé un jour dans un café. La jeune femme s'appelle Katharina, elle est compositrice. Premières paroles, premier rendez-vous, premier cadeau, ce palladium en bois qui ne quitte plus Martin, qui l'obsède, et obsède ses proches. Son existence peu à peu se dérègle, celles de ses proches aussi, jusqu'au jour où le chaos s'impose. Palladium est une promenade amoureuse au coeur de Berlin, une lente traversée de la ville, de ses musées, de ses parcs, de ses larges avenues. C'est, dans la chaleur accablante de l'été, une douce, une délicieuse et imperceptible descente vers le désordre des sentiments où Perikles Monioudis nous conduit à notre insu.

Entretien avec/Gespräch mit Perikles Monioudis

di Daniel Rothenbühler

Pubblicato il 29/09/2003

Français – Deutsch

Voilà trois ans maintenant que Palladium a paru en allemand. Est-ce difficile pour vous d'y revenir à l'occasion de sa sortie en traduction française? N'êtes-vous pas passé à tout autre chose entre-temps?

Absolument pas. Les lignes, les motifs dans mon œuvre obéissent à une logique interne que la rédaction d'un nouveau roman ne suffit pas à épuiser. De plus, j'ai toujours du plaisir à suivre la réception d'un nouveau livre dans une aire linguistique étrangère. Les Français, par exemple, ne lisent pas mes livres comme les Allemands, et les Turques y trouvent autre chose que les Américains. La superposition de ces perceptions différentes me réjouit, elle est extrêmement instructive.

Palladium nous montre un Berlin dans l'an 2000 qui contraste avec l'image de chantier fébrile du 21e siècle que les médias nous ont donnée de cette ville ces dernières années. Votre roman montre une ville plongée dans la torpeur estivale et dans laquelle ce n'est pas le regard tourné vers l'avenir qui met en marche quelque chose, mais un coup d'œil rétrospectif dans l'Antiquité grecque. Qu'est-ce qui vous a conduit à cette image de Berlin?

Une ville ne possède pas qu'une vue extérieure, elle a aussi et surtout une vue intérieure. On ne peut pas réduire Berlin à un chantier. Le chantier, c'est une chose, la composante actuelle, pour ne pas dire instantanée; l'autre composante, c'est qu'elle est le lieu de vie d'une civilisation très évoluée. De toute manière, il est impossible de formuler le diagnostique d'une époque sans se référer à l'Histoire et à la culture, qu'il s'agisse de Berlin ou de Berne, de Boston ou de Bangkok. La littérature pop allemande, par exemple, commence toujours par éteindre la mémoire du lecteur pour l'obliger, ensuite, à se plonger dans la course à l'action de l'instant.

Dans son amour et son admiration des sculptures antiques, tous deux portés par des images d'une grande sensualité, Hilbert menace de s'isoler sur le plan social. Finalement, c'est sa fille qui va le faire revenir dans sa réalité sociale. Le motif de l'amour et de la beauté qui menacent de dissoudre les structures de base de la personnalité et de la société était déjà un sujet de prédilection de Thomas Mann. Comment vous situez-vous par rapport à cette tradition?

Le fait est que de nos jours, le "beau" en tant qu'ambition n'est souvent pas admis; le "vrai", lui, a déjà été rejeté depuis longtemps. Pour ma part, je continue, même après la décadence de la bourgeoisie, à considérer ces deux concepts comme centraux dans le domaine de l'art. Peu importe les bouffons comme Pipilotti Rist.

On a rappelé, dans un compte-rendu de langue allemande, que vous êtes d'origine grecque. Est-ce que vous y voyez un rapport avec le motif des sculptures antiques?

Non, si seulement! Du point de vue de l'ascendance et du phénotype, les Grecs d'aujourd'hui n'ont pas grand'chose à voir avec les anciens Athéniens, les Troyens (heureusement!) et les autres. Peut-être aussi peu que moi avec les Grecs d'aujourd'hui.

Vous vivez à Berlin depuis 1995, ce qui vous coupe de la scène littéraire suisse alémanique. Comment vous situez-vous aujourd'hui par rapport à celle-ci? Comment vivez-vous votre situation actuelle?

En 1992, Peter Weber, Felix Kauf et moi-même avons fondé le réseau NETZ, une structure aujourd'hui légendaire, à ce que l'on dit, qui continue à se montrer ouverte et alerte. Les échanges non-publics qui ont lieu à l'intérieur de ce réseau m'apportent beaucoup; à cela vient s'ajouter, pour moi, la scène littéraire allemande. Je ne fais pas de différence entre les divers univers, au contraire, je corresponds avec des collègues de l'Europe entière et d'outre-mer.

Palladium est votre second roman à paraître en France. Quelles sont vos expériences avec le public francophone en France et en Suisse?

Les Français font preuve de sérieux là où les Suisses se montrent pince-sans-rire, et vice-versa. À cela s'ajoute que la France cultive une tradition de l'ambition esthétique, alors qu'en Suisse, styliste est souvent une insulte. Par contre, les Français ne s'intéressent qu'aux Français, alors que les Suisses refusent d'apprécier leurs propres auteurs, de peur que ça les rende "provinciaux".

Traduit de l'allemand par Patricia Zurcher

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Perikles Monioudis beantwortet die Fragen von Daniel Rothenbühler zu Palladium.

Es ist nun drei Jahre her, dass Palladium auf Deutsch erschienen ist. Fällt es Ihnen schwer, anlässlich der französischen Übersetzung noch einmal darauf einzugehen? Sind Sie inzwischen nicht mit etwas ganz anderem beschäftigt?

Ganz und gar nicht. Die Linien, die Motive in meinem Werk folgen einer inneren Logik, die mit der Niederschrift eines neuen Romans nicht gleich abgeschrieben ist. Auch freue ich mich stets auf die Rezeption eines neuen Buches in einem fremden Sprachraum. Die Franzosen etwa verstehen meine Bücher anders als die Deutschen, die Türken anders als die Amerikaner. Aus diesen Überlagerungen in der unterschiedlichen Wahrnehmung beziehe ich eine große Freude, sie sind äußerst aufschlußreich.

Palladium zeigt uns im Jahr 2000 ein Berlin, das im Kontrast steht zu jenem Bild einer hektischen Baustelle des 21. Jahrhunderts, das uns die Medien in den letzten Jahren von dieser Stadt vermittelt haben. Ihr Roman zeigt eine Stadt im Sommerschlaf, in der nicht der Blick in die Zukunft etwas in Bewegung setzt, sondern jener in die griechische Antike. Was hat Sie zu diesem Berlin-Bild veranlasst?

Eine Stadt hat nicht nur eine Außensicht, sie hat auch und besonders eine Innensicht. Berlin läßt sich nicht auf eine Baustelle reduzieren. Baustelle ist das Eine – Zeitnahe, um nicht zu sagen Augenblickliche -, Ort einer Hochkultur das Andere. So oder so: Etwas Zeitdiagnostisches läßt sich ohne Rückbezug historiographischer und kultureller Art nicht formulieren, ob nun in bezug auf Berlin oder Bern, Boston oder Bangkok. Die Pop-Literatur etwa schaltet zunächst einmal das Gedächtnis des Lesers aus und zwingt ihn in das Aktionistische des Augenblicks.

In seiner Liebschaft und in der Bewunderung der antiken Skulpturen – beides getragen durch Bilder starker Sinnlichkeit – droht Hilbert sich sozial zu isolieren. Er wird schliesslich durch seine Tochter wieder in seine soziale Wirklichkeit zurückgeholt. Das Motiv der Liebe und der Schönheit, die die vorgegebenen Persönlichkeits- und Sozialstrukturen aufzulösen drohen, war schon Thomas Mann lieb. Wie stehen Sie zu dieser Tradition?

Tatsache ist, daß das "Schöne" als Ambition heute oft nicht zugelassen wird – nachdem das "Wahre" ja schon längst verworfen worden ist. Ich halte beide Begriffe in der Kunst nach wie vor, d.h. auch nach dem Zerfall des Bürgertums, für zentral. Spaßmacher wie Pipilotti Rist hin oder her.

In einer deutschsprachigen Rezension wurde daran erinnert, dass Sie griechischer Herkunft sind. Sehen Sie einen Zusammenhang zum Motiv der antiken Skulpturen?

Nein, schön wär's. Die heutigen Griechen haben in Abstammung und Phänotyp wenig mit den alten Athenern, Trojanern (zum Glück!) etc. zu tun. Vielleicht so wenig wie wiederum ich mit den heutigen Griechen.

Sie leben seit 1995 in Berlin und sind damit abgeschnitten von der Literaturszene der deutschsprachigen Schweiz. Wie stehen Sie heute zu dieser Literaturszene? Welche Erfahrungen machen Sie mit Ihrer Situation?

1992 gründeten Peter Weber, Felix Kauf und ich NETZ, eine heute, wie man hört, legendäre Struktur, die nach wie vor offen und alert ist. Der nicht-öffentliche Austausch im NETZ gibt mir viel, dazu kommt für mich die deutsche Literaturszene. Ich unterscheide nicht zwischen den Welten, im Gegenteil, ich korrespondiere mit Kollegen in ganz Europa und in Übersee.

Mit Palladium wird nun ein zweiter Roman von Ihnen in Frankreich herausgebracht. Welche Erfahrungen machen Sie mit dem französischsprachigen Lesepublikum in Frankreich bzw. in der Schweiz?

Die Franzosen verfügen über Ernst dort, wo den Schweizern der Schalk im Nacken sitzt, und umgekehrt. In Frankreich wird überdies eine Tradition der ästhetischen Ambition gepflegt, in der Schweiz ist Stilist oft ein Schimpfwort. Dafür interessieren sich die Franzosen nur für Franzosen, während die Schweizer ihre eigenen Leute nicht goutieren wollen, aus Angst, sie würden dadurch "provinziell".

Daniel Rothenbühler

Rassegna stampa (selezione)

L'île de la tentation
PALLADIUM: n. m. Statue de Pallas considérée par les Troyens comme le gage du salut de leur ville. Martin Hilbert découvre l'art antique alors qu'il s'éclipse d'une voie toute tracée entre sa profession d'avocat et son rôle de jeune père de famille. Son amante Katharina lui offre un palladium en bois, "un objet sacré, il a le don de protéger", lui dit-elle, Il rend son propriétaire "imprenable", affirme pour sa part un sculpteur à Martin.
[...] Martin ausculte les sources d'où jaillissent l'émotion et le manque interroge les corps éternels des statues et mortels de ses compagnes, se laisse émouvoir, voire effrayer par la beauté d'une courbe, d'un geste, d'une impression. (Les dieux grecs et Katharina qui habite la forteresse inexpugnable du souvenir)
[...] Une écriture sereine au phrasé souple dirige cette délicieuse quoique caniculaire promenade amoureuse et existentielle; elle ramène à la maison le fugueur, qui dépose son palladium devant le point final du deuxième roman traduit en français de Perikles Monioudis, né à Glaris et vivant à Berlin. (Elisabeth Vust, 24 heures, 19.06.2003)

[...] Ce roman convainc par un art des signes et de la description qui donne à l'argument une résonance troublante. Suggérant à la fois l'émerveillement et le danger, les évocations achevées de la statuaire antique et des sites subjuguent et suspendent l'action et le temps. Jusqu'à ce que, au terme d'une composition d'une harmonie prenante, s'achève la prise de conscience: libérés de leur envoûtement, les personnages "acceptent leur existence". (Wilfred Schiltknecht, Le Temps, 06.09.2003)