Mademoiselle Stark

Thomas Hürlimann

Dernier été avant l'entrée à l'internat. Le jeune narrateur le passe chez son oncle, prélat et bibliothécaire du couvent de Saint-Gall. Dans ce vénérable cadre baroque, le jeune garçon a pour tâche de chausser les visiteuses de pantoufles obligatoires pour pénétrer dans "l'arche aux livres" sans en endommager le précieux parquet.

Agenouillé devant les dames, il cherche à percer les mystères féminins et, découvrant les pouvoirs de son nez, se grise de l'odore di femmina. Initiation sexuelle, mais aussi ouverture au monde des livres et recherches obstinées pour découvrir le secret qui se cache derrière ce nom de Katz, porté par sa mère et son oncle. Car les êtres sont plus complexes qu'il n'y paraît. À l'instar du narrateur qui sent s'affronter en lui le petit Katz et le futur écolier conventuel, les autres sont des personnages doubles. Monsignore, le prélat érudit, ne dédaigne pas les parties fines arrosées, et mademoiselle Stark, l'austère et pieuse gouvernante, devient une autre femme lorsqu'elle part à l'assaut des sommets de son Appenzell natal.

Ce "roman de formation" brillant séduit par la complexité des protagonistes et la subtilité, la légèreté avec lesquelles il traite de sujets graves: la puberté et le mystère des origines.

Traduit de l'allemand par Colette Kowalski

Entretien avec Thomas Hürlimann

di Daniel Rothenbühler

Pubblicato il 06/09/2004

Le personnage central de Mademoiselle Stark est un garçon de douze ans qui, pendant les vacances d'été passées chez son oncle, bibliothécaire de l'abbaye de Saint-Gall, découvre le charme des “regards impudiques”, qu'ils soient jetés sous les jupes des lectrices auxquelles il tend les pantoufles de feutre destinées à préserver le parquet ancien ou dans les écrits de la bibliothèque, qui lui dévoilent le passé juif de sa mère. Mais pourquoi avoir précisément choisi comme personnage-titre la gouvernante de l'oncle, cette pieuse Mademoiselle Stark qui aimerait guérir le garçon des “regards impudiques” de toute sorte?

Mademoiselle Stark le met sur la piste. En lui reprochant d'être un vrai Katz, elle l'amène à se demander ce que cela pourrait bien vouloir dire. Il achoppe ainsi à un secret de famille. La famille de sa mère est d'origine juive. Mais en même temps, le garçon se voit confronté au reproche d'être, en tant que fils de cette mère, différent des autres. Ce que Mademoiselle Stark entend exactement par là, il ne le sait pas, il ne peut que le deviner, mais à mesure que l'été avance, monte en lui une légère peur de cette différence. Mademoiselle Stark avive cette peur. Du coup, l'amour que le garçon éprouve pour la demoiselle acquiert quelque chose de contradictoire. Et la demoiselle devient importante pour sa vie, pour son éveil sexuel. C'est pour cela qu'elle est le personnage-titre. Elle apprend au garçon la crainte de soi-même. Elle lui inocule une mauvaise conscience. Et pourtant il se sent attiré par elle. Les regards impudiques qu'elle lui interdit, c'est sur elle qu'il les retourne.

Que l'attrait des “regards impudiques” oriente aussi dans son récit le narrateur de Mademoiselle Stark, la première phrase du livre le trahit déjà. L'oncle, bibliothécaire de l'abbaye et prélat, enfilait, y est-il dit, des gants “noirs comme les dessous de ma maman, quand il se proposait de toucher les feuillets d'une Bible millénaire”. Pourrait-on aller jusqu'à parler d'une poétique du “regard impudique” dans un sens plus large, de la part de l'auteur Thomas Hürlimann également?

Si vous le voyez ainsi, cela me fait plaisir. La perception est subjective. Ce n'est pas l'œil qui voit, mais l'âme. Par bonheur, j'ai évité d'aller voir la bibliothèque de l'abbaye avant de me mettre au travail sur ce livre. Quand il est paru, j'y suis allé: et j'ai été déçu de constater combien la salle est petite. Dans mon souvenir, elle était beaucoup plus grande. Ce qui s'explique facilement: à l'époque, j'étais assis comme une grenouille sur son seuil. Je voyais donc un espace plus vaste. En fait, il s'est agi pour moi de voir le monde, celui des livres et celui des femmes, avec le regard que j'avais alors.

Dans cette “perspective de la grenouille” (analogue à celle d'Oscar dans Le Tambour de Günter Grass), la distance entre le haut et le bas se raccourcit au point que l'un peut se transformer en l'autre, que le ciel acquiert “quelque chose de terrestre” et le sol “quelque chose de céleste”. Ce regard d'en bas ne recèle-t-il pas, outre ses charmes, des risques aussi, en particulier celui que vous avez déjà abordé une fois, à savoir que certains critiques ont trouvé réductrice, voire équivoque, votre représentation de l'antisémitisme suisse du début des années soixante?

Mon récit parle d'un tabou. Comment raconter cela? En laissant le tabou agir dans le livre lui-même. C'est le moyen le plus ancien de la littérature. Elle veut que son fond devienne forme. Si je nommais d'emblée le tabou, j'enlèverais tout attrait au récit. Avec le garçon, les lecteurs doivent s'approcher toujours plus de la vérité, ils doivent, comme lui, pouvoir voir derrière les choses. Mais pour cela, il faut que le récit ait une certaine durée. Si on ne comprend pas cela, on ne sait tout simplement pas lire. Comment dit-on déjà? Quand un livre et une tête se heurtent et que cela rend un son creux, ce n'est pas forcément la faute du livre.

En faisant découvrir au narrateur de Mademoiselle Stark l'origine juive de sa mère et de son oncle, vous retravaillez aussi dans votre œuvre, une fois de plus, des fragments de votre propre histoire familiale. Les liens évidents de ce livre avec des faits autobiographiques et des personnages existant réellement, ainsi que leur “détournement” littéraire, vous ont été publiquement reprochés dès sa publication par votre oncle Johannes Duft, qui avait 87 ans à l'époque. Que répondez-vous à ces reproches et comment voyez-vous vous-même ces liens et leur réélaboration littéraire?

Mon oncle est décédé entre-temps. Il était historien. Il croyait aux faits. Dans sa brochure, il a corrigé mes “erreurs”. Par exemple, il a écrit qu'il n'avait jamais acheté ses soutanes de soie dans une boutique chic de Rome. C'est vrai: les mots “Rome”, “chic”, “boutique” n'ont rien à voir avec la réalité de mon oncle. J'en avais besoin pour rendre ses soutanes aussi précieuses qu'elles m'en avaient l'air à l'époque. Quand ma mère a lu la brochure de mon oncle, elle a ri et s'est écriée: “Alors elles étaient bien en soie, ses soutanes!” Autrement dit, par ses corrections, mon oncle a authentifié ce que j'ai raconté. Il s'est passé quelque chose de beau avec Mademoiselle Stark. Elle est morte maintenant elle aussi, et je suis fier de faire partie de ses héritiers. Il est tout à fait possible qu'elle ait voulu ainsi, en quelque sorte, me remercier. Les derniers mois de sa vie, elle s'est de plus en plus adaptée au personnage du livre. C'est ainsi qu'elle a porté un chapeau pour la première fois de sa vie, elle a osé se maquiller et elle a pris plaisir à ce que les hommes la suivent du regard dans la rue. Où l'on voit clairement que le conteur ment vrai.

L'édition originale de Fräulein Stark porte comme indication de genre: “Novelle”. À mes yeux, votre œuvre représente une nouvelle et stimulante variante du genre défini par Goethe, selon qui une nouvelle retrace “un événement inouï ayant eu lieu”. Dans le milieu de l'enfant, aussi bien l'origine juive de sa mère que sa propre curiosité sexuelle devaient rester inouïes au sens propre, tues et refoulées. Mais votre nouvelle représente aussi comme inouïes au sens de scandaleuses ces habitudes mêmes du refoulement et du tabou. Ce type d'allusions disparaît dans l'indication de genre de l'édition française: la nouvelle allemande y devient un “roman”. Que pensez-vous de ce changement d'indication? A-t-il donné lieu à des discussions?

Je n'ai pas réussi à imposer mon point de vue qu'il s'agit d'une nouvelle. La plupart des critiques ont écrit que c'est un roman. Mais non, justement pas. Une nouvelle est apparentée à une pièce de théâtre, et effectivement je respecte dans Mademoiselle Stark l'unité de lieu, de temps et d'action.

Le succès de Mademoiselle Stark a déjà débouché sur plusieurs traductions. Votre livre fait notamment partie des très rares œuvres de la littérature suisse contemporaine à avoir été traduites en russe. Quelles expériences avez-vous faites avec cette traduction et avec les autres?

Je me rends ces prochains jours en Russie, d'abord au salon russe du livre, puis à Saint-Pétersbourg, où je présenterai mon livre avec le traducteur Roman Eiwadis. J'en saurai davantage après cela. Soit dit en passant, Eiwadis est d'origine juive. Lui, tout comme Itta Shedletzky, qui est en train de traduire le livre en hébreu, apprécie justement ce que d'autres ont critiqué: que le garçon ne découvre le tabou du passé juif que progressivement, mais qu'il ne le perce pas à jour. Ce n'est pas un héros. Mes traducteurs pensent aussi que Mademoiselle Stark est décrite avec beaucoup d'exactitude. Elle est antisémite, c'est clair, mais ce n'est pas un monstre. Il n'est pas possible de partager le monde avec le bien d'un côté et le mal de l'autre, les frontières sont fluctuantes. Tous les antisémites ne sont pas des méchants. C'est ce qui rend la chose dangereuse. Et, je me répète: il est simplet d'exiger d'un auteur qu'il présente ses personnages de manière unidimensionnelle et selon un schéma pédagogique. Cela n'a rien à avoir avec la littérature ni avec la réalité. En Pologne, par exemple, le public a saisi tout de suite et très exactement ce que je raconte. Là-bas, certaines expériences que nous avons peut-être oubliées sont encore vives. Non sans raison nous nous imaginons, nous autres Suisses, vivre dans un système qui ne nous contraint pas à des lâchetés. Nous nous considérons comme une société sans le moindre préjugé, faite de braves gens sans abîmes cachés. Mais c'est une dangereuse méconnaissance de l'être humain. Là, il est vraiment préférable de risquer un regard impudique, qui révèle ceci: nous ne sommes bons que parce qu'il nous a été épargné de mettre notre caractère à l'épreuve, comme cela se passe dans une dictature. J'ai étudié dans une école conventuelle et je sais de quoi je parle. Il suffit d'avoir un petit peu faim, et le caractère encore si merveilleux commence à se faire la malle. Mais ça donne presque l'impression que j'ai un message à donner. Non, ce n'est pas le cas. J'aimerais raconter des histoires, rien d'autre. Et j'ai l'ambition que le fond vibre aussi dans la manière de raconter. Dans la nouvelle Mademoiselle Stark par exemple, j'évite les mots qui résonnent trop fort. J'espère que cela se sent aussi dans la traduction française. Dans une bibliothèque, on chuchote.

Propos recueillis par Daniel Rothenbühler

Traduction: Christian Viredaz

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Die zentrale Figur in Fräulein Stark ist ein zwölfjähriger Junge, der in den Sommerferien bei seinem Onkel, dem Stiftsbibliothekar von St. Gallen, den Reiz der “unkeuschen Blicke” kennen lernt, sowohl jener unter die Röcke der Besucherinnen der Stiftsbibliothek, denen er die Filz- Pantoffeln zum Schutz des alten Parkettbodens reicht, wie jener in die Schriften aus der Bibliothek, die ihm die jüdische Vergangenheit seiner Mutter enthüllen. Warum aber haben Sie mit Fräulein Stark gerade jene fromme Haushälterin des Onkels zur Titelfigur gemacht, die dem Jungen “unkeusche Blicke” (“regards impudiques”) jeder Art austreiben möchte?

Fräulein Stark bringt den Jungen auf die Spur. Indem sie ihm vorwirft, er sei ein typischer Katz, beginnt sich der Junge zu fragen, was das bedeuten könnte. So stösst er auf ein Familiengeheimnis. Die Familie der Mutter war ursprünglich jüdisch. Aber zugleich sieht sich der Junge mit dem Vorwurf konfrontiert, als Sohn dieser Mutter sei anders als die andern. Was genau das Fräulein Stark damit meint, weiss er nicht, kann er nur erahnen, aber im Lauf des Sommers steigt vor diesem Anderssein eine leise Angst in ihm hoch. Das Fräulein Stark schürt diese Angst. Dadurch bekommt die Liebe des Jungen zum Fräulein etwas Zwiespältiges. Und das Fräulein wird für sein Leben, sein erotisches Erwachen wichtig. Deshalb ist sie die Titelfigur. Sie lehrt ihn die Furcht vor sich selbst. Sie impft ihm ein schlechtes Gewissen ein. Und trotzdem fühlt er sich von ihr angezogen. Die unkeuschen Blicke, die sie ihm verbietet, richtet er auch auf sie.

Dass der Reiz “unkeuscher Blicke” (“regards impudiques”) den Ich-Erzähler in Fräulein Stark auch beim Erzählen leitet, verrät schon der erste Satz des Buches. Der Onkel, Stiftsbibliothekar und Prälat, heisst es dort, habe Handschuhe, “schwarz wie die Dessous meiner Mama” angezogen, wenn er “die Blätter einer tausendjährigen Bibel zu berühren” gedachte. Könnte man geradezu von einer Poetik des “unkeuschen Blicks”, in einem umfassenderen Sinn, auch seitens des Autors Thomas Hürlimann sprechen?

Wenn Sie das so sehen, freut es mich. Die Wahrnehmung ist subjektiv. Nicht das Auge, die Seele sieht. Zum Glück habe ich es vermieden, mir die Stiftsbibliothek vor der Arbeit am Buch anzusehen. Als es erschienen war, ging ich hin - und war enttäuscht, wie klein der Saal ist. In der Erinnerung war er für mich viel grösser. Was sich leicht erklären lässt: damals sass ich wie ein Frosch an der Schwelle. Also sah ich einen höheren Raum. Tatsächlich ging es mir darum, mit dem Blick von damals die Welt zu sehen, vor allem die Welt der Bücher und der Frauen.

In dieser Froschperspektive (ähnlich z. B. derjenigen Oskars in der Blechtrommel von Günter Grass) verkürzt sich die Distanz zwischen oben und unten so sehr, dass sogar die Verkehrung beider möglich wird, der Himmel “etwas Bodenständiges” und der Boden “etwas Himmlisches” gewinnt. Beinhaltet dieser Blick von unten neben seinen Reizen nicht auch Gefahren, insbesondere jene, die Sie selbst einmal angesprochen haben, nämlich dass einzelne Kritiker Ihre Darstellung des schweizerischen Antisemitismus Anfang der sechziger Jahre zu sehr verkürzt oder gar missverständlich fanden?

Ich erzähle von einem Tabu. Wie erzählt man das? Indem man das Tabu auch im Buch wirksam werden lässt. Das ist das älteste Mittel der Literatur. Sie will ihren Inhalt Form werden lassen. Würde ich das Tabu von Anfang an benennen, nähme ich der Erzählung den Sog. Mit dem Jungen sollen die Lesenden mehr und mehr zur Wahrheit vorstossen, sie sollen, wie er, hinter die Dinge schauen können. Aber dazu braucht es eine gewisse Erzählstrecke. Wer das nicht versteht, kann schlicht und einfach nicht lesen. Wie heisst es so schön? Wenn ein Buch und ein Kopf zusammenstossen und es dabei hohl tönt, ist nicht unbedingt das Buch schuld.

Indem Sie den Ich-Erzähler in Fräulein Stark die jüdische Herkunft seiner Mutter und seines Onkels entdecken lassen, arbeiten Sie, einmal mehr in Ihrem Werk, auch Teile Ihrer eigenen Familiengeschichte auf. Die deutlichen Bezüge dieses Buches auf autobiografische Fakten und real existierende Personen und ihre literarische Verfremdung wurden ihnen gleich bei dessen Publikation von Ihrem damals 87-jährigen Onkel Johannes Duft öffentlich zum Vorwurf gemacht. Wie stehen Sie zu dessen Vorwürfen und wie sehen Sie selbst diese Bezüge und ihre literarische Verarbeitung?

Mein Onkel ist inzwischen gestorben. Er war Historiker. Er glaubte an Fakten. In seiner Broschüre korrigierte er meine “Irrtümer”. Beispielsweise schrieb er, er hätte seine seidenen Soutanen nie in einer Römer Exclusiv-Boutique gekauft. Stimmt: die Wörter “Rom”, “exclusiv”, “Boutique” haben mit der sogenannten Onkel-Realtität nichts zu tun. Ich brauchte sie, um die Soutanen so kostbar zu machen, wie ich sie damals empfunden habe. Als meine Mutter die Broschüre des Onkels las, lachte sie auf und rief: Also doch, es waren seidene Soutanen! Das heisst, durch seine Korrektur hat der Onkel letztlich beglaubigt, was ich erzähle. Etwas Schönes geschah mit dem Fräulein Stark. Sie ist nun ebenfalls tot, und ich bin stolz, zu ihren Erben zu gehören. Kann durchaus sein, dass sie mir dadurch eine Art Dank zukommen lassen wollte. In ihren letzten Monaten hat sie sich mehr und mehr der Figur des Buches angepasst. So trug sie zum ersten Mal im Leben einen Hut, wagte sich zu schminken und genoss es, dass ihr die Blicke der Männer auf der Strasse folgten. Da zeigt es sich in aller Deutlichkeit: ein Erzähler lügt die Wahrheit.

Sie haben Fräulein Stark als Novelle herausgegeben. In meinen Augen stellt sie eine neue und reizvolle Abwandlung der Goethischen Gattungsbestimmung dar, nach der eine Novelle eine “sich ereignete unerhörte Begebenheit” darstellt. Unerhört im Wortsinn, nicht angesprochen und verdrängt, sollen im Milieu des Knaben ja sowohl die jüdische Herkunft seiner Mutter wie seine sexuelle Neugierde bleiben. Als unerhört im Sinne des Skandalösen aber stellt Ihre Novelle eben diese Gepflogenheiten der Verdrängung und Tabuisierung dar. In der Gattungsbezeichnung der französischen Ausgabe verschwinden solche Anspielungen. Dort wird aus der deutschen Novelle ein französischer “Roman”. Wie stehen Sie zu diesem Wechsel der Gattungsbezeichnung? Gab er Anlass zu Diskussionen?

Ich konnte mich mit meiner Behauptung, dies sei eine Novelle, nicht durchsetzen. Die meisten Kritiker schrieben, es handele sich um einen Roman. Nein, eben nicht. Eine Novelle ist mit einem Theaterstück verwandt, und tatsächlich halte ich im Fräulein Stark die Einheit von Raum, Zeit und Handlung ein.

Der Erfolg von Fräulein Stark führte schon zu verschiedenen Übersetzungen. Insbesondere gehört Ihr Buch zu den ganz wenigen Büchern der jüngsten Gegenwartsliteratur aus der Schweiz, die ins Russische übersetzt wurden. Welche Erfahrungen haben Sie mit dieser und anderen Übersetzungen gemacht?

Ich reise in den nächsten Tagen nach Russland, erst zur russischen Buchmesse, dann nach Petersburg, wo ich gemeinsam mit dem Uebersetzer Roman Eiwadis das Buch vorstellen werde. Dann weiss ich mehr. Eiwadis ist übrigens jüdischer Herkunft. Ihm, wie auch Itta Shedletzky, die das Buch zur Zeit ins Hebräische übersetzt, gefällt gerade das, was andere moniert haben: dass das Tabu der jüdischen Vergangenheit vom Jungen erst allmählich erkannt, aber nicht durchschaut wird. Er ist kein Held. Auch meinen beide Uebersetzter, dass das Fräulein recht genau gezeichnet sei. Sie ist Antisemitin, klar, aber kein Unmensch. Die Welt lässt sich eben nicht in Gut und Böse unterteilen, die Ränder fliessen. Nicht jeder Antisemit ist zugleich ein finsterer Bösewicht. Das macht die Sache ja gefährlich. Und, ich wiederhole mich: es ist dümmlich, von einem Autor zu verlangen, seine Figuren eindimensional und nach pädagogischem Muster anzurichten. Das hat weder mit der Literatur noch mit der Realität etwas zu tun. In Polen zum Beispiel hat das Publikum sofort und genau gemerkt, was ich erzähle. Dort sind gewisse Erfahrungen noch wach, die wir vielleicht vergessen haben. Nicht zu unrecht bilden wir Schweizer uns ein, in einem System zu leben, dass uns nicht zu Feigheiten zwingt. Wir halten uns für eine durch und durch aufgeklärte Gesellschaft, für Gutmenschen ohne Abgründe. Aber das ist eine gefährliche Verkennung des menschlichen Wesens. Da ist es wirklich besser, einen unkeuschen Blick zu riskieren. Der zeigt: wir sind nur deshalb gut, weil uns die Prüfung unseres Charakters, wie das in einer Diktatur geschieht, erspart bleibt. Ich war in einer Klosterschule und weiss, wovon ich rede. Man braucht nur ein wenig Hunger zu haben, schon beginnt sich der eben noch so grossartige Charakter zu verabschieden. Aber das tönt nun beinah so, als hätte ich eine Botschaft. Nein, dies ist nicht der Fall. Ich möchte Geschichten erzählen, nichts anderes. Und ich habe den Ehrgeiz, dass in der Art des Erzählens der Inhalt mitschwingt. In der Novelle Fräulein Stark zum Besipiel vermeide ich laute Wörter. Ich hoffe, dass dies auch in der französischen Uebersetzung zu hören ist. In einer Bibliothek wird geflüstert.

Daniel Rothenbühler