Recensione

di Brigitte Steudler

Pubblicato il 15/07/2010

Avec En habit de folie,  recueil de nouvelles paru chez Bernard Campiche Editeur, Anne-Claire Decorvet, lauréate du Prix Georges-Nicole 2010, surprend et ravit son lecteur. S'appuyant pour une partie de ses textes sur des faits divers survenus ces dernières années, l'auteure, enseignante de français à Genève, réussit à éclairer d'un point de vue nouveau et original quelques-uns de ces événements ayant largement défrayé la chronique. Qu'il s'agisse des déséquilibres mentaux engendrés par un travail de vidéosurveillance,  des nuisances olfactives causées par une femme atteinte de troubles obsessionnels compulsifs l'amenant à accumuler tous ses déchets, de cette mère ayant congelé ses nouveau-nés ou encore de cet auxiliaire de santé disposé à entretenir des rapports intimes avec des personnes handicapées, jamais l'auteure ne tombe dans les clichés ou des considérations banales et sans intérêt. Elle délaisse tout effet de sensationnalisme pour approcher avec sensibilité les limites de la raison ou de la déraison, qui font imperceptiblement basculer à un moment donné  ses personnages dans la folie. Les sentiments qu'elle restitue et les rebondissements dont elle agrémente ses récits sont de plus rédigés dans une langue riche et variée, à la dramaturgie savamment élaborée.

L'éventail des thèmes abordés est vaste. Poids du jugement et du regard des autres, importance de l'image, complexité des sentiments amoureux et des relations familiales perverties constituent la toile de fond de plusieurs de ces textes. Ainsi, d'une passion amoureuse non partagée aux troubles psychiques déclenchés par une jalousie dévorante, la réussite de l'auteure tient autant à la subtilité des enchaînements qu'elle imagine qu'à la brutalité des désordres qu'ils engendrent. Le fragile équilibre mental dont elle dote plusieurs de ses personnages ne surprend pas: tout est affaire de mesure dans ces restitutions de démesures. On sent poindre derrière le regard intrusif d'Anne-Claire Decorvet un véritable souhait d'interroger en profondeur les apparences d'une réalité pas toujours évidente à décrypter. L'exercice est périlleux dans quelques-uns de ses textes mais vraiment réussi pour l'ensemble de ce recueil.

Deux de ses nouvelles, «Plutôt un chien» et «Amen» évoquent l'importance des dérangements vécus dans une enfance malheureuse et difficile. Des familles dont l'instabilité et les heurts sont sources de  violences, générant solitude ou profond mutisme. Au-delà de ces histoires souvent subitement meurtrières on pressent chez Anne-Claire Decorvet un plaisir manifeste à faire partager des pans de vie qui, dès lors qu'ils touchent  les sentiments amoureux, font naître la compréhension et la dérision. Ainsi, dans «Ma vie à la fenêtre», l'auteure réussit-elle brillamment à affubler de sentiments un aspirateur délaissé! Rehaussé d'une belle couverture signée Sylvie Wuarin, cet En habit de folie bénéficie aussi du soin particulier accordé par l'éditeur Bernard Campiche à l'édition de ses publications. L'ensemble de ces éléments réunis concourt à faire de ce premier ouvrage une vraiment belle réussite!

Nota critica

Enseignante de français à Genève, Anne-Claire Décorvet a reçu le Prix Georges-Nicole 2010 pour En habit de folie. La majorité des textes constituant ce recueil de nouvelles s’appuie sur des faits divers ayant largement défrayé la chronique, qu’il s’agisse des déséquilibres mentaux engendrés par un travail de vidéosurveillance ou de ces nouveau-nés placés par leur mère dans un congélateur. L’auteure transforme avec distance et légèreté la matière originelle de ses textes, réussissant très vite à captiver son lecteur. La qualité de ces nouvelles tient beaucoup à la subtilité des enchaînements, ainsi qu'à la brutalité des désordres qu'ils révèlent. Anne-Claire Décorvet délaisse tout effet de sensationnalisme pour décrire avec sensibilité les limites de la raison qui font imperceptiblement basculer ses personnages dans la folie. Grâce à une construction rigoureuse de ses textes et aidée par une écriture très maîtrisée, l’auteure parvient ainsi à rendre palpable l’espace ténu existant entre équilibre et déraison.

(Brigitte Steudler, Viceversa Littérature 5, 2011)