Autour de ma mère

Catherine Safonoff

Une vieille femme perd la mémoire, perte qui incite sa fille unique à reconstituer le passé comme elle peut. Au travers de bribes de souvenirs et d'incidents quotidiens, la narratrice cherche à gagner l'affection de sa mère. A l'opposé du récit de deuil qui honore un parent défunt, Autour de ma mère est un carnet de bord tenu à chaud pendant trois ans, un journal poétique parfois noir souvent cocasse, écrit contre le regret, l'amertume et la mort. Quête d'amour filial qui se conjugue avec la tentative tragi-comique mais passionnée de retrouver un amant fugitif. Quel amour l'emportera, celui pour la mère ou celui pour l'amant? A ce dilemme, la narratrice donne une réponse singulière.

(Quatrième de couverture)

Recensione

di Marie-Françoise Piot

Pubblicato il 16/02/2007

En tenant son journal pendant quelques années plutôt difficiles, Catherine Safonoff partage avec nous un quotidien enrichi de mille notations empreintes d'émotion.

On pense à Edith Holden, diariste anglaise de la fin du XIXe siècle et à ses aquarelles au fil des saisons.

Notes et notules s'enchevêtrent avec bonheur. Les méandres des pensées intimes, les remarques « in petto », le report de conversations ou d'émissions entendues à la radio nourrissent le carnet de bord. Les saisons défilent, on suit la romancière sur les chemins de traverse qu'elle emprunte dans le pays genevois, mais aussi sur une île grecque en quête d'un adieu à un grand amour. Fascination du déroulement d'une âme voisine, séduite par une démarche entraperçue, agacée par un comportement peu adéquat (d'elle ou d'autrui).

On remarque chez l'auteur la pratique de l'auto-analyse. La relation mère-fille est centrale, et c'est dans une quête éperdue d'amour que C. Safonoff nous entraîne. Tous les degrés de l'échelle qui tente de mener au bonheur sont alternativement gravis puis dégringolés. C'est à un « jeu de l'oie » auquel nous sommes conviés, empruntant divers moyens de transport dont le moindre n'est pas la pensée.

Bien dans la veine d'un Rousseau et d'un Amiel, la narratrice nous emmène à la découverte d'un soi imprévisible, ballotté entre rires et larmes. Laissant un sillage vibrant, contagieux dans la quête de l'équilibre, C. Safonoff évoque avec art le grave sur un mode léger.

« Apprendre à écrire est sans fin ». La romancière a le savoir des êtres sensibles, pour qui tout est trace. Trace du visible et de l'invisible. Ecrire pour partager un peu d'amour ; écrire pour ne pas mourir. Talent d'écriture à considérer comme un immense cadeau.

Rassegna stampa (selezione)

«La forme fragmentaire combine la spontanéité de la vision ou de la sensation et le lent travail de la forme, légère, juste et précise (en réaction à l'informe, à l'illisible, à l'absence de sens). On pourrait croire le tableau plutôt noir, mais c'est compter sans le cocasse et le fantasque chers à la romancière qui a gardé intact, à travers le temps, son sens de l'émerveillement devant la beauté des choses. Sa vision décalée lui fait inventer une sorte de renversement des valeurs où le manque de méthode devient efficace, où les pertes accumulées se transforment en gain» (Isabelle Martin, Le Temps, 13.01.2007).

«Elle résume en une phrase, lapidaire, le lent cheminement de son livre et sa raison d'être: "Ces années-là, je tentai d'oublier mon dernier homme et de soutenir ma première femme qui entrait dans la mort". C'est au fil d'un carnet de bord tenu entre mars 2003 et début 2006 que s'élaborent ces deux deuils: celui d'une mère âgée qui perd la tête, et celui de l'amour perdu, N., l'homme d'Au nord du Capitaine. Depuis son premier roman, La part d'Esmé (1977), Catherine Safonoff construit au compte-gouttes une oeuvre très autobiographique traversée de lignes de forces, de lieux et de personnages qui se font écho d'un ouvrage à l'autre. Autour de ma mère, son sixième roman, peut ainsi être lu comme l'aboutissement de l'idylle d'Au nord du Capitaine (2002), ou comme le pendant de Comme avant Galilée (1993), où la narratrice prenait congé de son père» (Anne Pitteloud, Le Courrier, 27.01.2007).

«Il y a quelque chose de proustien dans le magnifique dernier livre de Catherine Safonoff, qui se déploie comme une chronique personnelle et sans cesse à l'écoute, tendrement impatiente, de cette autre personne qu'est Léonie sa toute vieille mère fragile et forte, alors que la vie continue et passent des amies, des amis, repassent les souvenirs des amours passées ou ressurgies. "Tant que j'aurais de la mémoire, il n'y aurait pas de fin à cette histoire», murmure la narratrice au terme de cette section d'un journal recouvrant trois ans, avant de conclure, faute d'une «idéale dernière note" à la Kafka (très présent dans tout le livre par son propre Journal) sur cette image d'une lampe qui "se balance sur la place d'un village abandonné, la pente va vers la mer, le vent passe dans l'arbre, la nuit est vaste, les secondes filent, quelqu'un lève la tête et ouvre les bras vers les ciels noirs"» (Jean-Louis Kuffer, 24 Heures, 14.02.2007).