Le Livre des Baltimore

Joël Dicker

Jusqu’au jour du Drame, il y avait deux familles Goldman. Les Goldman-de-Baltimore et les Goldman-de-Montclair.

Les Goldman-de-Montclair, dont est issu Marcus Goldman, l’auteur de La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, sont une famille de la classe moyenne, habitant une petite maison à Montclair, dans le New Jersey. Les Goldman-de-Baltimore sont une famille prospère à qui tout sourit, vivant dans une luxueuse maison d’une banlieue riche de Baltimore, à qui Marcus vouait une admiration sans borne.

Huit ans après le Drame, c’est l’histoire de sa famille que Marcus Goldman décide cette fois de raconter, lorsqu’en février 2012, il quitte l’hiver new-yorkais pour la chaleur tropicale de Boca Raton, en Floride, où il vient s’atteler à son prochain roman.

Au gré des souvenirs de sa jeunesse, Marcus revient sur la vie et le destin des Goldman-de-Baltimore et la fascination qu’il éprouva jadis pour cette famille de l’Amérique huppée, entre les vacances à Miami, la maison de vacances dans les Hamptons et les frasques dans les écoles privées. Mais les années passent et le vernis des Baltimore s’effrite à mesure que le Drame se profile. Jusqu’au jour où tout bascule. Et cette question qui hante Marcus depuis : qu’est-il vraiment arrivé aux Goldman-de-Baltimore?

(Quatrième de couverture, éditions de Fallois)

Recensione

di Ruth Gantert

Pubblicato il 02/11/2015

Le nouveau roman de Joël Dicker se situe aux Etats-Unis comme le grand succès précédent de l’auteur genevois, alternant cette fois-ci les lieux de l’action entre Baltimore et Montclair, la Floride et New York, et sautant dans la chronologie entre 1989 et 2012. Dans les années 1990, cinq jeunes forment une bande – en 2012, l’un des garçons, devenu l’auteur d’un bestseller, retrouve la fille de la bande, une chanteuse à succès, et s’apprête à raconter l’histoire de ses camarades.

Le narrateur, Marcus Goldmann (qui ne partage que le nom et le statut d’écrivain célèbre avec le Goldmann de La Vérité sur l’affaire Harry Québert), est originaire de Montclair. Pendant toute son enfance et sa jeunesse, il adore ses deux cousins de Baltimore et va les trouver dès qu’il le peut, fasciné à la fois par leurs parents attentionnés et riches, et par leur vie dans le luxe. L’un des deux cousins, c’est Hillel, fils unique de Saul et Anita, un garçon extrêmement intelligent mais qui passe d’école en école, parce que dans chacune il devient très vite le souffre-douleur des enfants sadiques. L’autre est Woodrow dit Woody, le meilleur ami de Hillel, qui finit par faire partie de la famille. Enfant abandonné par ses parents, ayant grandi dans un foyer, Woody s’avère très doué non seulement pour se battre et défendre ses amis, mais aussi pour le sport. Un quatrième membre s’ajoute à la bande des trois Goldmann, Scott Neville, un garçon chétif qui souffre de mucoviscidose, mais qui désire plus que tout au monde partager les activités physiques des cousins, du jardinage au foot. Scott a une sœur, Alexandra, de deux ans l’aînée des garçons, une belle fille dont le rêve est de devenir musicienne. Elle complète le gang des garçons en le déstabilisant aussitôt, car les cousins tombent tous trois amoureux d’elle. Pour préserver leur unité, ils jurent de renoncer à elle – sermon qui sera brisé, tout comme le seront l’amitié forte et tendre entre les frères d’élection, et les cœurs de tous les Goldmann-de-Baltimore.

L’histoire des enfants puis adolescents, suivie à travers un personnage qui se situe en marge de l’action, en position d’observateur, est néanmoins racontée d’un point de vue omniscient, allant jusqu’à citer les dialogues des scènes auxquelles Marcus n’a pas assisté. Le narrateur met longtemps à évoquer ce qui s’est passé plusieurs années auparavant, tournant autour de ce qu’il appelle «le drame» pour ne le révéler qu’à la fin du livre, moment où il apprend lui-même des aspects de l’histoire qui lui étaient inconnus jusque là. L’intrigue comporte les éléments habituels de la vie des teenagers américains: le collège avec ses professeurs, son directeur, son coach de foot, ses fêtes pour les parents, ses amitiés et ses haines, ses ambitions et ses jalousies, ses moments de déception et de gloire. Certains épisodes sont hilarants, comme celui des deux garçons de huit ans envoyés dans un camp de sport pour enfants malingres, qui réussissent à briser les jambes de leur moniteur. D’autres scènes de la vie des jeunes sont vite lassantes, comme toutes celles de l’éternel rêve américain, prétendant qu’il suffit de vouloir quelque chose et de croire en soi pour l’obtenir. La langue est plate et fait souvent entendre des morceaux tout faits des séries télévisées américaines qu’on croit entendre en anglais à travers le texte français. Ainsi, quand Alexandra reproche à Marcus de ne pas lui parler, alors qu’elle lui raconte tout ce qu’elle fait, elle ajoute «Parce que c’est ce que font les amis» (p. 433). Les contextes sur lesquels de greffe l'action sont évoqués plutôt superficiellement, de sorte qu’on ne peut se faire aucune idée précise de leur fonctionnement, qu’il s’agisse du sport, de la politique ou de l’économie. De même, la religion juive est présente dans la famille Goldmann sans jamais avoir la moindre importance – le narrateur va jusqu’à appeler ses cousins des «Justes» sans réfléchir un moment à l’impact de ce mot.

Si la langue est stéréotypée, les personnages le sont encore plus: du maigre mais brillant intellectuel juif au jeune sportif un peu simplet, de la belle jeune fille railleuse à la douce et tendre maman, du directeur d’école autoritaire au vieil homme sage et bon, cachant dans son passé un secret douloureux. Bref: Le Livre des Baltimore est comme Harry Potter, mais sans la magie.