Saute-frontière Maison de la poésie transjurassienne: Les Pérégrinations poétiques 2016

Interview de Marion Ciréfice, chef de projet

Approfondimento del 07/10/2016 di Ruth Gantert

Viceversa: Marion Ciréfice, comment êtes-vous venue à la littérature et à la médiation culturelle entre la France et la Suisse?

Marion Ciréfice: J’ai toujours été une littéraire, je viens du théâtre. Puis j’ai écrit moi-même un conte qui se passait dans le Grand Nord. Je m’y suis rendue pour chercher l’illustrateur de mon livre et j’y ai appris la langue inuit. Par la suite, j’ai obtenu une maîtrise au Canada, en muséologie appliquée à la transmission de la connaissance des anciens aux jeunes dans le domaine de la culture arctique. Rentrée en France, à Cinquétral (Saint-Claude) où mes parents avaient une maison de vacances,  j’ai appris que ma maîtrise n’y était pas reconnue. Plus tard, j’ai pu faire une équivalence avec un master français, mais à l’époque cela n’existait pas encore, donc je me suis mise à mon compte au lieu de travailler dans une institution. J’ai créé Arthis, une entreprise liée à la transmission de l’art et de l’histoire. À l’époque, je travaillais dans le monde économique, sur l’histoire culturelle des entreprises. Je me suis associée à des artistes en réalisant des expositions, jusqu’à ce qu’on me propose de travailler sur un projet d’échange littéraire entre la France et la Suisse. Lorsque, assez vite, je me suis retrouvée seule avec le projet, je l’ai ouvert à l’arc jurassien. Et, avec le passage au 21e siècle, j’y ai créé la Maison de la poésie transjurassienne!
Pour les partenaires suisses, la rencontre avec Gérald Chevrolet de la Fondation des Maisons Mainou à Vandœuvre a été décisive. C’était un lieu de résidence, de littérature et de théâtre, donné à un groupe d’artistes par deux comédiens qui n’avaient pas de descendance. Notre collaboration a été formidable.

Pourriez-vous nous présenter l’association Saute-frontière et les Pérégrinations poétiques?

Saute-frontière est une association créée en 2001, pour le projet des Pérégrinations poétiques. L’idée première était de parcourir l’arc jurassien de part et d’autre de la frontière, avec un partenaire suisse et un partenaire français, en se partageant le programme pour faire connaissance mutuelle. La thématique était dès le début liée à la géologie, la première année c’était «Strates». Au début, notre programme était centré sur le roman et nous changions de territoire chaque année, puis, depuis 2006, nous avons davantage inscrit nos activités sur le Haut Jura, à Saint-Claude. Le programme itinérant, où on dormait d’abord d’un côté, puis de l’autre de la frontière, s’était avéré un peu compliqué! En 2009, nous avons vraiment pris la direction de la poésie et de l’interdisciplinarité. Au moment où on faisait l’Europe, en Franche-Comté au cœur de cette Europe, nous voulions nous inspirer de ce qu’on faisait en Suisse au niveau des différentes langues.

Quel est le public des Pérégrinations poétiques?

C’est un public de curieux qui ne sont ni de grands lecteurs ni de grands marcheurs, mais qui aiment conjuguer les deux. On implique des agriculteurs, des artisans, des gîtes, des gens qui travaillent avec le terrain. C’est cet amalgame du paysage, des auteurs, des gens du cru, et les lectures chez l’habitant aussi, qui fait que la mayonnaise prend bien.

Quels sont les autres projets qui se sont ajoutés aux Pérégrinations poétiques?

Il y a les résidences poétiques de trois mois, de janvier à juin, et le «Printemps des poètes» qui se situe au milieu. Cette année, au printemps, nous avons invité la Revue de Belles-Lettres avec leur numéro sur les Caraïbes. Les auteurs invités en résidence étaient Timothée Laine, auteur et clameur de poèmes, et Stéphanie Barbarou, compositrice et chef de chœur. Cela a ouvert ce champ de l’écriture en différentes langues à la performance orale et à la musique.

Comment avez-vous établi le programme des Pérégrinations poétiques de cette année?

Cela démarre le vendredi soir avec Alexandre Chollier, géographe et écrivain suisse, et Benoît Vincent, écrivain et botaniste d’origine drômoise. Ils seront accueillis par Françoise Delorme, rédactrice pour www.viceversalitterature.ch. La journée du 8 octobre sera ensuite consacrée aux auteurs de Heidi et à la revue Viceversa littérature. Nous avons déjà reçu Viceversa pour le Printemps des poètes 2015. Autour du numéro 9 consacré aux animaux, nous avions invité l’auteur romanche Leo Tuor et son traducteur Walter Rosselli. Puis, quand j’ai reçu le numéro anniversaire consacré à Heidi, j’ai pensé que nous avions, avec nos sommets et nos chalets, le cadre idéal pour le fêter! Je l’ai lu avec intérêt d’un bout à l’autre, et j’ai fait un choix de poètes, d’auteurs et de traducteurs, en essayant d’équilibrer les langues. On partira avec trois groupes pour les randonnées, accompagnés par trois auteurs francophones et un auteur italophone, alémanique et romanche. On se rencontrera à midi au chalet de la Regarde, puis on repartira avec d’autres auteurs. Les auteurs francophones sont Laurence Boissier, Céline Cerny et Antoinette Rychner. On trouvera également Fabiano Alborghetti du Tessin, Gerhard Meister de la Suisse alémanique, avec sa traductrice Camille Luscher, et Göri Klainguti des Grisons avec son traducteur Walter Rosselli. Et, bien sûr, les trois responsables de Viceversa. Ce qui m’a frappée, c’est que les différents points de vue sur Heidi sont foisonnants! La soirée du 8 octobre sera donc consacrée uniquement aux textes de Viceversa 10, avec une mise en musique du groupe Zone franche.

Le lendemain, dimanche 9 octobre, on parlera de Heidi et de l’image de la montagne, autour d’une table ronde animée par Hervé Laurent, directeur de la revue littéraire L'Ours Blanc, publiée à Genève. Il y aura des projections, avec les artistes Alexandre Loye et Camille Scherrer qui ont fait les illustrations de Viceversa 10, et les deux artistes Janice Wimmer et Rémi Regazzoni qui font un très beau travail sur le paysage. L’après-midi, nous serons aux Jardins partagés avec Stéphanie Barbarou et Laurence Hartenstein, qui partiront complètement dans les langues imaginaires, avec les chants du peuple MIAO.